Maria NEGREPONTI-DELIVANIS
Vice-Présidente de l’Institut CEDIMES
Introduction
ISSN
2110-6045
ΕΝΑΡΚΤΗΡΙΑ ΟΜΙΛΙΑ ΜΟΥ ΣΤΟ ΠΑΡΙΣΙ ΓΙΑ ΤΑ 50 ΧΡΟΝΙΑ ΤΟΥ CEDIMES (ΟΙΚΟΝΟΜΟΛΟΓΟΙ ΓΑΛΛΙΚΗΣ ΓΛΩΣΣΑΣ) ΟΠΟΥ ΗΜΟΥΝ ΑΝΤΙΠΡΟΕΔΡΟΣ ΚΑΙ ΤΩΡΑ ΕΠΙΤΙΜΗ ΠΡΟΕΔΡΟΣ
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Nous sommes réunis ici pour célébrer le 50e anniversaire de la vie du CEDIMES. Ces années ont été riches en activités, en initiatives et en idées originales.
Le CEDIMES est entré de manière décisive dans ma propre vie, la rendant plus riche et plus intéressante, à peu près à mi-chemin de son existence, c’est-à-dire il y a 24 ans. Mais, aussi étrange que cela puisse paraître, mon initiation à l’idée encore indéfinie de créer une organisation présentant les caractéristiques, dont je me suis rendue compte bien plus tard, du CEDIMES, a eu lieu il y a environ 50 ans aujourd’hui.
Cela s’est passé autour de la piscine d’un hôtel au Maroc, où j’étais en vacances avec mon mari, Dimitris DELIVANIS, et où nous avons rencontré Jacques Austruy, l’économiste Français et ami des conférences de l’AIELF.
Au bord de la piscine, et plus tard dans le restaurant de notre hôtel commun, Jacques AUSTRUY nous a parlé, avec beaucoup d’enthousiasme, de son idée de créer le CEDIMES, sans même le nommer à l’époque, avec pour thème central le développement économique.
Un développement, cependant, avec des spécifications différentes de celles généralement admises à l’époque, qui, entre autres, justifiaient le sous-développement des économies en voie de développement, tout en fondant leur développement sur l’évolution de leurs structures.
Jacques AUSTRUY était un homme brillant et original qui a concentré ses intérêts scientifiques sur le développement économique, un sujet qui dominait la science et la recherche économiques à l’époque. Plus maintenant, après la prédominance, depuis près d’un demi-siècle, de la mondialisation.
C’est pourquoi le CEDIMES, présidé plus tard par Claude ALBAGLI, ancien élève et ensuite collègue de Jacques AUSTRUY, a déplacé le centre de ses intérêts scientifiques du développement économique vers la mondialisation, en y ajoutant plus tard le développement régional et l’esprit d’entreprise.
Mais la mondialisation appartient déjà au passé. Outre le retour au protectionnisme, il y a toute une série d’inversions qui conduisent à un nouvel ordre international. Et justement, dans ma contribution à la célébration de l’anniversaire du CEDIMES, j’essaierai de prédire sa position et ses activités pour les 50 prochaines années, en faisant appel, bien sûr, non seulement à mon imagination, mais aussi aux bouleversements qui se profilent déjà à l’horizon de la planète.
Lors du 100e anniversaire du CEDIMES, ceux d’entre nous qui seront encore en vie à ce moment-là et les nouveaux membres qui viendront s’ajouter au cours des 50 prochaines années seront en mesure de juger dans quelle mesure mes prédictions étaient adaptées à la réalité.
1. Vers un nouvel ordre économique international
Dans les 50 prochaines années, pour autant que l’on puisse le prévoir, sur la base des
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développements déjà en cours et des tendances qui se dessinent à l’horizon mondial, des changements transversaux dans l’ensemble des options devraient se produire. Parmi tous ces changements possibles, qui ne se produiront que s’il n’y a pas de troisième guerre mondiale (auquel cas la Terre subirait des catastrophes bibliques), j’essaierai de mentionner ceux qui devraient, dans la mesure du possible, avoir une incidence sur la portée internationale et les activités du CEDIMES.
1.1. la fin de la mondialisation
La mondialisation a pris fin.
La démondialisation, officiellement annoncée lors de la réunion de Davos de cette année dans le cadre du 53e Forum économique1, est l’aveu d’échec de l’Amérique pour tout ce qu’elle espérait tirer de la mondialisation qu’elle a imposée au monde il y a près d’un demi-siècle.
À l’époque, les États-Unis cherchaient en effet, dans la vision mondiale de la mondialisation, à éviter la menace d’être détrônés du sommet du monde, une menace provenant de l’Europe ou du Japon.
L’ironie tragique est que la mondialisation a, en très peu de temps, hissé la Chine au rang de deuxième superpuissance mondiale, avec toute une série de pays qui l’entourent, sur la voie d’un nouvel ordre international, dominé par une culture et des valeurs fondamentales complétement différentes de celles de l’Occident.
Le virage protectionniste des États-Unis vise désormais à ralentir le développement technologique de la Chine, grâce aux restrictions sélectives et sévères qu’ils imposent à son commerce et à la libre circulation des idées2. L’Occident, en effet, se sent très sérieusement menacé par l’échec de la mondialisation, en raison de la crise économique et financière mondiale.
L’interprétation dominante de ces contraintes repose sur la certitude que si, in fine, la Troisième Guerre mondiale n’est pas évitée, le vainqueur sera celui qui excellera dans les nouvelles technologies et l’IA.
Ce nouveau régime devrait durer environ un demi-siècle, une période qui semble suivre l’alternance de ces deux visions du monde.
Par conséquent, le CEDIMES fonctionnera dans des conditions protectionnistes, et nous verrons si et comment il devrait être affecté.
Outre le retour au protectionnisme, le nouvel ordre économique international devrait présenter des caractéristiques très différentes de celles des 50 dernières années. Le premier changement, le plus perturbateur, déjà visible pour ceux qui suivent l’évolution du monde, est la prise de conscience que l’Occident ne jouera plus un rôle de premier plan dans la gouvernance du monde, puisqu’il se retire progressivement du peloton de tête des pays les plus performants.
Le CEDIMES est né et agit dans la grande périphérie de l’Occident et surtout de la France. Depuis 50 ans, il porte ainsi la langue, la culture et les valeurs de qualité de la France jusqu’aux confins du monde.
Tout au long de cette longue période, la France, bien que confrontée à un déclin progressif de la portée mondiale de sa langue, a néanmoins été régulièrement classée parmi les sept économies les plus puissantes du monde (avec les États-Unis, l’Allemagne, le Japon, le Canada, la Grande Bretagne et l’Italie – tous les pays de la coalition occidentale).
Cependant, le paysage de la gouvernance mondiale de notre planète est en train de changer du tout au tout et, dès 20403selon des prévisions sérieuses, aucune économie occidentale ne
1 Davos, l’ombre de la de mondialisation, Le Monde18/1.2023
2 La décision d’abandonner la mondialisation, à l’initiative des États-Unis, s’explique aussi par les expériences de la pandémie, qui leur ont fait prendre conscience des risques très graves d’une forte dépendance à l’égard des importations pour les denrées alimentaires de base et les produits industriels importants, ainsi que pour les pièces détachées. 3 PwC analysis IMF for historical GDP for projections to 2050
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figurera parmi les sept économies les plus puissantes de la planète.
Au lieu de cela, les sept économies qui devraient dominer le monde après 2040 et qui ne font pas partie de l’Occident seront les suivantes : Chine, Inde, Indonésie, Brésil, Russie, Mexique et Turquie.
En outre, la population de l’Europe diminuera et ne représentera plus que 4,3 % de la population mondiale, qui atteindra 8 milliards d’habitants.
Il est tentant de se demander, alors que nous célébrons les 50 ans du CEDIMES, dans quelle mesure et de quelle manière ces bouleversements attendus affecteront la position internationale et le type d’activités du CEDIMES.
Sur le plan économique, le nouvel ordre international devrait s’accompagner de changements plus partiels.
Je mentionnerai ici certains d’entre eux, qui sont les plus susceptibles d’affecter, dans une certaine mesure, le statu quo du CEDIMES.
Je commencerai par le principal changement qu’entraîne le recul de la mondialisation, à savoir l’imposition du protectionnisme. Les mesures protectionnistes dans le commerce international s’accompagnent de la recherche d’un degré plus élevé d’autosuffisance.
Toutefois, dans le cadre du recul actuel de la mondialisation, le régime protectionniste qui en découle semble s’accompagner de certaines caractéristiques plus spécifiques, telles que, avant tout, la tentative de réindustrialisation, en cherchant à augmenter le degré d’autosuffisance et à encourager la relocalisation des entreprises qui ont été délocalisées dans d’autres pays.
Il s’agit, entre autres, des conséquences de la pandémie, qui a mis en évidence les difficultés d’approvisionnement et les pénuries de produits de base. Aussi irréaliste que puisse paraître aujourd’hui l’idée d’un retour à l’ère dépassée de l’industrialisation, et aussi décourageantes que soient les analyses pertinentes d’une telle tentative1, le leader planétaire américain a récemment annoncé un gigantesque programme d’investissement public pour l’industrialisation, d’un montant d’environ 400 milliards de dollars, visant à réduire la dépendance à l’égard de la Chine.
Des actions similaires sont envisagées en Europe. Et parallèlement à ces efforts, le retour des industries délocalisées dans d’autres pays est encouragé dans tout l’Occident. On se demande comment ces changements sont susceptibles d’affecter le CEDIMES.
1.2. Les bouleversements fondamentaux qui accompagnent le nouvel ordre économique international
Après plusieurs décennies au cours desquelles l’Occident dans son ensemble, avec les États Unis en tête, a été constamment à l’avant-garde, avec des taux de croissance élevés, à la pointe de l’innovation et des nouvelles technologies, il a récemment montré des signes significatifs de déclin dans presque tous les domaines à la fois.
Toutefois, dans ce paragraphe, je me limiterai aux aspects du déclin liés aux nouvelles technologies, et en particulier à l’IA.
Il s’agit d’une réalisation multiforme de l’humanité, qui promet à la fois des miracles et des désastres indicibles.
L’espace ne se prête pas à un développement extensif et multiforme du sujet. Au contraire, pour l’instant, on soulignera que l’Occident risque de subir principalement les effets négatifs de l’IA, en raison de son retard dans ce domaine, contrairement à la Chine (et aux économies qui la suivent principalement le long de la route de la soie), qui devrait en tirer d’importants bénéfices.
Les dangers qui guettent l’Occident, suite à l’invasion des nouvelles technologies et surtout de l’IA, sont liés à la prédiction très possible faite par Karl Marx, il y a environ un siècle2, lorsqu’il
1 The manufacture delusion, The Economist, 15.07.2023
2 Daron Acemoglu and Simon Johnson , Power and Progress: Our Thousand-Year Struggle Over Technology and Prosperity, MIT ILP, 16 May 2923
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s’est montré convaincu que, dans le système capitaliste, il est finalement inévitable que les moyens de production finissent par être détenus en monopole par les oligarques, qui tireront les ficelles du système politique et condamneront les travailleurs à la pauvreté permanente.
Cette prédiction, qui ne s’est pas réalisée avec la révolution industrielle, semble se matérialiser aujourd’hui.
Déjà, comme toutes les nouvelles technologies, l’IA est contrôlée par des entreprises géantes telles que Google, Microsoft et Amazon, et il est très difficile, voire impossible, pour les start-ups de créer quelque chose de nouveau dans l’industrie si elles ne sont pas soutenues par ces compagnies géantes, qui se livrent une concurrence féroce pour dominer le marché.
Ces entreprises ont acquis un monopole, car elles réalisent 90 % des ventes en ligne et des recettes publicitaires.
La Silicon Valley, qui a déjà perdu 160 000 emplois, semble s’effondrer sous l’effet d’une concurrence féroce « à couteaux tirés », qui limite également la productivité et les nouvelles idées à un minimum, ce qui justifie la critique de ces géants qui, selon lui, « font désormais partie de la machine à fric de Wall Street »1.
Quel impact le CEDIMES peut-il attendre de ces développements dans ces technologies entièrement nouvelles ?
1.3. Sommes-nous en train de vivre un choc des idéologies et des cultures ?
L’Occident, habitué à diriger le monde après la Seconde Guerre mondiale, estime qu’il n’y a pas d’autres civilisations qui aient le droit de survivre que la sienne, la démocratie libérale. De plus, il considère qu’il a le droit et, dans une certaine mesure l’obligation, d’imposer, même par les armes, sa propre civilisation au reste du monde. Ainsi, à la guerre commerciale et technologique que Trump a déclarée, et que Biden poursuit avec vigueur contre la Chine, s’ajoute une intense guerre idéologique entre ces deux superpuissances.
La Chine et la Russie2, réagissant à cette interprétation généralisée de l’Occident, affirment au contraire que son intérêt pour la démocratie libérale, qui justifie prétendument les guerres contre ceux qui n’y adhèrent pas, est hypocrite.
Au contraire, ces deux superpuissances considèrent que l’Occident, dans son ensemble, est engagé dans une tentative d’établir une hiérarchie avec des racines impérialistes et une « suprématie blanche »3.
En d’autres termes, elles affirment que l’intérêt de l’Occident à imposer sa propre civilisation, la démocratie libérale, n’est pas centré sur des préoccupations idéologiques, mais cache plutôt des intérêts malins, la tentative de ralentir le développement technologique de la Chine afin qu’elle ne succède pas aux États-Unis dans la gouvernance du monde.
Cette rivalité entre la Chine et la Russie, d’intérêt mondial, a souvent fait l’objet de recherches pertinentes ces derniers temps.
Une étude récente a été initiée par des chercheurs préoccupés par l’éventuelle baisse de la satisfaction des citoyens quant à la manière dont la démocratie est mise en œuvre dans différents pays.
L’intérêt des résultats de cette recherche réside dans l’absence de lien significatif entre le libéralisme social et la démocratie, ce qui pourrait signifier que les valeurs libérales se développent en dehors des démocraties4.
En tout état de cause, le libéralisme n’a jamais été mis en œuvre, comme le défendent ses adeptes. Sa caractéristique dominante est son hostilité à l’interventionnisme étatique, mais aussi à la
1 Dimitris Thomas, “La fin du rêve de la Silicon Valley”, Estia, 18.06.2023
2 Ces deux pays, selon les prévisions, feront très bientôt partie du G7 des pays les plus puissants du monde, lorsque l’Occident n’y existera plus
3 Bennett Institute “A World Divided:Russia, China and the West”, Oct. 24, 2022s
4Journal of Democracy, August 2023
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redistribution des richesses, et sa politique est basée sur l’imposition d’une bureaucratie brutale1, dont l’UE souffre également.
Je dirais que les causes de la division entre l’Occident et le reste du monde ne se limitent pas à une seule, qui est analysée dans l’interprétation fondamentale du choc des civilisations de Samuel Huntington2.
Il est clair qu’il existe également un conflit de cette nature dans la période actuelle, mais ce n’est pas le conflit dominant, étant donné que les conditions mondiales qui prévalent aujourd’hui sont très différentes de celles de 1993, date à laquelle les opinions bien connues de Samuel Huntington ont été publiées pour la première fois3.
À l’époque, il s’agissait de la rivalité qui visait, de la part de l’Occident, à faire prévaloir le capitalisme sur le communisme dans le monde. Certes, cette rivalité initiale entre l’Occident et le reste du monde visait également la prédominance mondiale d’une idéologie, et pas seulement cela, mais aussi la prédominance du pouvoir qui la représentait. Toutefois, l’absence de la Chine dans cette première confrontation a considérablement limité, ou reporté à une date ultérieure, le danger de la perte de l’hégémonie mondiale des États-Unis.
Au contraire, dans le cas de la fracture moderne, il est certain, sauf imprévu, que les États Unis sont en train de perdre leur hégémonie mondiale au profit de la Chine et, selon toutes les indications, ils sont convaincus que la seule arme efficace dont ils disposent contre elle est le drapeau de la démocratie libérale, même avec le contenu imaginaire qu’ils tentent d’imposer.
D’ores et déjà, l’épineuse question est de savoir si l’Occident se contentera de continuer à exister au sommet du monde, en partageant son pouvoir jusqu’ici absolu, avec la Chine, et plus tard avec l’Inde4.
La réponse n’existe pas, pour l’instant, mais dépendra néanmoins en grande partie de l’issue (pour l’instant incertaine) de la guerre en Ukraine. En tout état de cause, cette guerre, qui ne se limite pas à la Russie et à l’Ukraine, mais s’étend entre la Russie et l’Occident dans son ensemble, risque de s’avérer être un prélude à la troisième guerre mondiale. Espérons que la prudence prévaudra de part et d’autre des belligérants.
2. Comment le CEDIMES devrait être affecté par les bouleversements mondiaux
Nous en arrivons maintenant à la deuxième partie de cette présentation, en tentant quelque chose de beaucoup plus difficile que le contenu de la première partie.
Il s’agit d’avoir une idée de la forme, des potentiels et des faiblesses que le CEDIMES accumulera en raison des changements qui devraient se produire au cours des 50 prochaines années sur notre planète, si elle existe encore.
Je crois que mon désir ne domine pas, ce qui me fait imaginer un avenir brillant pour le CEDIMES, dans les cinquante prochaines années, mais je crois aussi que les opportunités de continuer et de surpasser ses succès jusqu’à présent, seront nombreuses et significatives.
Les principales raisons qui me poussent à être optimiste quant à la trajectoire du CEDIMES jusqu’en 2072 sont inhérentes à ses caractéristiques structurelles.
En bref, il s’agit de son choix cosmopolite, qui garantit l’absence de toute forme de discrimination, comme la religion, le sexe, la couleur, la culture, le degré de développement ou même l’origine géographique.
Le CEDIMES, au contraire, a embrassé le monde entier à travers ses membres égaux, qui venaient du monde entier. Je peux donc affirmer avec confiance que le déclin de l’Occident, dans les manifestations
1 Antoine Schwartz, « Prenez garde a la jeune garde du libéralisme » Le Monde Diplomatique, Décembre 2021 2 Samuel Huntington, Le choc des civilisations, Editions Odile Jacob, Paris 1997, chapter 12 3 Foreign Affairs, 01.06.1993
4 Selon les projections de population et de PIB
Les Cahiers du CEDIMES, ISSN : 2110-6045, 2024, Volume 19, Hors-série n°2024/HS1 que j’ai décrites dans la première partie, n’aura pas d’effet préjudiciable sur les activités du CEDIMES.
En effet, comme au cours des cinquante années précédentes, le CEDIMES en plus de l’Occident, a simultanément et indistinctement projeté le poids de ses activités à travers le monde. Bien sûr, le CEDIMES, majoritairement français d’origine et de langue, versera quelques larmes sur le déclin imminent de l’importance de la langue française et sur la réduction de l’influence de la France dans le monde.
Cependant, permettez-moi d’observer que, très tôt, le président Claude ALBAGLI, anticipant manifestement les vagues à venir, a subtilement ajouté l’anglais au français. Ainsi, lorsque j’étais à Almaty, au Kazakhstan, pour un programme d’enseignement sur la mondialisation, organisé par le CEDIMES et que je me suis rendue compte que 2/3 de mes étudiants n’étaient pas capables de suivre le français, je l’ai remplacé par l’anglais, sans aucun problème.
Mais vous me direz « bon, la langue française », mais qu’en est-il de la culture française ? Ici, je répondrai avec certitude que l’âme de la France n’est pas en train de disparaître d’une quelconque forme de déclin occidental.
Elle possède des éléments immuables dans le temps qui accompagneront l’humanité même lorsque la population et le PIB de la France diminueront considérablement.
Le CEDIMES conservera donc cette sublime auréole française, quelles que soient les années qui passeront, quels que soient les bouleversements qui surviendront, à moins d’une Troisième Guerre mondiale dévastatrice, qui ne laissera rien subsister.
Le caractère cosmopolite du CEDIMES promet de le protéger des adversités et des frictions qui seront associées à la succession de la Chine à la domination mondiale des États-Unis. Outre le fait qu’il entretient d’excellentes relations et une coopération à plusieurs niveaux avec la Chine, son aspiration à se hisser au sommet du monde a fait l’objet des deux études rédigées par Claude ALBAGLI et par moi-même il y a environ quatre ans.
Je dirais donc que la présence et les activités du CEDIMES au cours des 50 prochaines années, contribueront, dans la mesure du possible, à la suppression des hostilités. Poursuivant les prédictions concernant la position du CEDIMES au cours des 50 prochaines années, j’ajouterais que sa contribution sera pacificatrice, en ce qui concerne les frictions liées aux tentatives d’exclusion de certaines idéologies pour imposer une idéologie unique, celle de la démocratie libérale.
Ici aussi, le rôle du CEDIMES devrait être pacificateur et unificateur, puisqu’à aucun moment de son existence et de ses activités, il n’a été dogmatique dans ses tentatives d’exclure les idéologies parallèles aux idéologies occidentales.
Les mêmes réflexions et prédictions concernant l’avenir du CEDIMES s’appliquent au récent changement de vision du monde, qui est passé de la mondialisation à une réintroduction des frontières nationales et du protectionnisme des États-nations.
Le CEDIMES n’a jamais fait preuve de fanatisme en faveur du système au cours de la période de prévalence de la mondialisation.
Au contraire, il y a eu des critiques à la fois dans l’adoption de mon propre document intitulé « Globalization Conspiratrice » et dans la présentation systématique de points de vue opposés lors de nombreuses conférences organisées par le CEDIMES dans le monde entier.
À ce stade, bien sûr, je suggérerais la nécessité de modifier les principales orientations de recherche du CEDIMES, du mondialisme au protectionnisme/État-nation. Cependant, et c’est très important, il faudrait ajouter celle du développement, ce qui rétablit l’orientation originale du CEDIMES par Jacques AUSTRUY.
Cet ajout concernera principalement l’Afrique, qui émerge économiquement après la Chine et l’Inde, et sur laquelle je pense qu’une part importante des activités du CEDIMES devrait être concentrée. Parallèlement, une attention particulière devrait être portée par le CEDIMES aux nouvelles
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Les Cahiers du CEDIMES, ISSN : 2110-6045, 2024, Volume 19, Hors-série n°2024/HS1 technologies et à sa participation à la recherche, en lien avec les développements de l’IA.
Conclusion
Pour conclure ce bref aperçu de l’environnement mondial possible dans lequel le CEDIMES sera appelé à opérer au cours des 50 prochaines années, je voudrais dire quelques mots sur son président, mon cher collègue et ami Claude ALBAGLI.
Je n’évoquerai pas le travail important et multiforme que le CEDIMES a accompli depuis que Claude ALBAGLI en est le président. Non seulement parce que la mention des réalisations du CEDIMES a été confiée à d’autres membres, mais aussi parce que j’ai été très activement impliquée dans tout cela.
Mais je soulignerai ma conviction, fondée sur tout ce que j’ai vécu au cours des vingt-cinq dernières années, que le choix de Jacques AUSTRUY de confier la poursuite de l’œuvre de sa vie à Claude ALBAGLI était, en effet, un choix irréprochable.
En tant que président du CEDIMES, Claude ALBAGLI a dû faire face, au cours des années écoulées, à de nombreuses adversités, dans lesquelles je me suis tenu à ses côtés, précisément parce que je croyais en ses capacités et en ses bonnes intentions. Le président Claude ALBAGLI a surmonté toutes les difficultés, souvent malicieuses, avec patience et sagesse.
C’est pourquoi je souhaite que Claude ALBAGLI puisse présider le futur CEDIMES le plus longtemps possible au cours des 50 prochaines années.
Je voudrais terminer par le triste événement récent qui a endeuillé le CEDIMES : la perte de son deuxième vice-président, le professeur et longtemps recteur de l’université Valahia de Targoviste, en Roumanie, Ion CUCUI. Sa contribution au succès du CEDIMES a été déterminante. Observons une minute de silence
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2024, Volume 19, Hors-série n° 2024/HS1, 50ème anniversaire CEDIMES PANEL 1 L’IDENTIFICATION D’UNE RUPTURE IMPOSANT UN « MONDE D’APRES »
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2024, Volume 19, Hors-série n° 2024/HS1, 50ème anniversaire CEDIMES
ISSN
2110-6045
Prof. Dr. Maria Negreponti-Delivanis






